11 oct. 2012

Alors gringo, il est bon mon café ?

Je resterais bien un peu plus longtemps à Sogamoso, dans la Finca San Pedro, entouré de tous ces voyageurs sympas. Mais j’ai tout un pays à voir, et à peine 4 semaines. Les charmes du voyage lent ne sont pas pour cette fois-ci.



Je pensais repasser rapidement à Bogotá pour changer de bus et filer vers l’ouest, mais je n’ai pu qu’accepter la demande pressante de Gianna, couchsurfeuse, de loger chez elle. Elle veut absolument héberger un couchsurfeur et n’en a pas encore eu l’occasion. Je m’accorde donc un deuxième court séjour à Bogotá, dans l’appartement assez central de Gianna et son copain Mauricio.
Comme j’ai déjà vu le quartier touristo-historique La Candelaria, Gianna m’emmène faire un tour dans son université, assez impressionnante par ses équipements et sa convivialité avec des petits cafés et terrasses un peu partout. Et nous poursuivons par une longue marche par les quartiers plutôt huppés, ça change des balades classiques dans les centres-ville. Et je constate que la Colombie est un pays beaucoup plus riche qu’on ne le croit, ce serait même l’un des pays les plus développés d’Amérique du Sud. Il suffit de voir le réseau routier, et les deux universités que j’ai pu visiter à Bogotá. Le point faible réside dans les populations déplacées à cause de la guérilla. Ce déplacement se fait à l’intérieur du même pays, et il est donc moins connu que ceux d’Afrique, mais il est massif.

Gianna tient vraiment à être une hôte parfaite, me montrant et m’expliquant autant de choses que possible. Le lendemain nous faisons un tour au magnifique jardin botanique, une vraie respiration dans la grisaille de Bogotá. Et une balade nocturne dans leur quartier joli et tranquille, avant de filer prendre un bus de nuit vers mon étape suivante. Encore un couchsurfing de toute première qualité, où je suis accueilli comme un roi !

Après six heures de bus, secoué de tous les côtés à cause du chauffeur qui s’est fait fort de rattraper l’heure de retard prise au départ (et cela malgré la route de montagne), je comate une demi-heure dans le terminal d’Armenia avant de prendre un mini-bus vers Salento. Il est six heures du mat’, je suis sur une petite place d’une beauté ahurissante, quelques petits commerces commencent déjà à ouvrir. Salento est un vrai BON-HEUR : un bijou d’architecture coloniale vieux de 170 ans, avec ses façades blanches et ses boiseries multicolores d’un excellent goût.



  
Il règne une délicieuse ambiance, les gens sont très aimables et saluent les étrangers sans se faire prier. Nous sommes aussi en plein « Eje Cafetero », l’axe du café, et à côté d’une vallée qui attire de nombreux voyageurs et touristes, la vallée de Cocora. Bref le programme promet d’être rempli. A peine installé dans un joli petit hostal, dans une maison coloniale en plein centre, je découvre qu’un australien installé ici part randonner tous les matins dans les montagnes environnantes, dans le but purement altruiste de dessiner des cartes de la région, et il propose à tous les voyageurs de le rejoindre chez lui à 10h tapantes, pour lui donner un peu de compagnie et profiter de sa connaissance des petits sentiers.

Aller se coucher pour effacer la fatigue post-bus, ou aller randonner immédiatement pendant 3-4 heures ? Dilemme vite évacué, à 10h je prends un café avec Dave dans son bar Speakeasy, et nous partons découvrir une vallée à l’ouest de la ville avec ses deux chiens. A peine arrivés sur le premier chemin de terre, le paysage est grandiose, très vert ; Les montagnes autour ne sont pas très grandes, mais nous sommes au pied du Parc National Los Nevados, qui inclut plusieurs sommets dépassant les 5000 mètres, dont El Ruiz, volcan qui menace qui s’est réveillé en avril dernier et continue à menacer. Dès que les nuages veulent bien se décrocher des sommets, on devine les hauteurs qui se dessinent au loin.





Sous le soleil qui tape déjà fort, nous descendons dans une vallée, ne croisons presque personne, ramassons des granadillas au sol, traversons des champs puis une rivière à pied nus. Nous arrivons à une ferme isolée et miséreuse, le père de famille nous explique gentiment notre chemin et j’ai du mal à ne pas fixer les 2 dents qui se battent en duel dans sa bouche. Le long de la rivière, quelques hommes cherchent de l’or, l’un cache ses outils sous une berge et rentre chez lui. Nous marchons où nous pouvons, retraversons la rivière, passons sous les clôtures, pour finalement rejoindre un petit hameau. Dave reste là pour se baigner dans la rivière avec ses chiens, je prends la route du retour vers Salento. Le petit hameau est splendide, le chemin est pavé de petites fincas familiales qui produisent leur café et des fruits. Je me retrouve par hasard face à la finca de Don Elias, dont les hostals font abondamment la pub parce qu’il propose un tour guidé très sympa. Le sommeil attendra encore un peu, je prends mon tour pour la visite, bientôt rejoint par un couple espagnol et un couple hollandais. Belle visite au milieu de sa plantation de café bio, avec aussi des plants de banane, d’ananas, au milieu des palmiers, dans un décor tropical. Au final je n’ai pas été conquis par le goût de son café, mais il était peut-être juste trop faible. Paradoxalement il est difficile en Colombie de boire du bon café, parce qu’il est exporté.






Je prends enfin la route du retour, en résistant à la facilité de la jeep-taxi qui nous dépasse. Allez une heure de marche en plus, en montée, en compagnie du couple hollandais très sympa, ça ne peut pas me faire de mal ! Comme je ne suis toujours pas calé sur l’heure colombienne après plus de dix jours de voyage (ce qui se résume : paupières très lourdes à 22h et réveil à 5h, tous les jours, génial), ça ne peut que m’aider. En dînant dans un resto local, je rencontre Clara et Fred, un jeune couple français, et nous terminons en expérimentant le tejo, jeu traditionnel colombien qui consiste à lancer des palets sur des petites enveloppes de poudre placées à plusieurs mètres sur de la terre glaise. Je résume un peu vite, je le conçois, mais c’est ça.

Le lendemain est une journée-glandouille comme je les aime en voyage, ma première en dix jours, non mais ! J’en profite pour monter au mirador, me balader dans les rues tranquilles et admirer les balcons, écouter les déboires sentimentaux de la coiffeuse pendant qu’elle soulage mon crâne d’un certain poids, goûter aux jus de fruits frais sur la place (mango-maracuya, j’en suis dingue !), discuter avec un barbu californien dans l’hostal… Et soirée pur gringo dans le bar Speakeasy de Dave, curieusement entouré d’une grande majorité d’américains, c’est curieux cette concentration.

Je recroise Clara et Fred, rendez-vous est pris pour enfin marcher dans la vallée de Cocora le lendemain. Départ à 7h30 depuis la place, dans l’une des jeeps, style seconde guerre mondiale mais clinquantes et alignées toute la journée sur la place. Elles servent à la fois à emmener les marcheurs dans la vallée et comme transport en commun pour les gens du coin.
Une heure trente de montée tranquille, d’abord entre les champs puis le long de la rivière et sur les ponts suspendus qui se balancent, jusqu’à la réserve naturelle Acaime, en fait une propriété privée où l’on peut observer les colibris dans un décor luxuriant, en buvant un café. Un vieux couple tient l’endroit et fait son beurre tranquillement dans ce petit paradis, en ajoutant un peu d’eau sucrée aux mangeoires et en servant des cafés. Facile la vie.






Pour allonger un peu le parcours classique, nous décidons de marcher jusqu’à Estrella del Agua, à 3170 mètres d’altitude. Deux heures de montée raide, épuisante … pour ne pas voir beaucoup mieux le paysage ! J’aurais aimé monter encore plus haut et dormir à 4000 mètres, mais je n’ai trouvé personne pour m’accompagner et il faut traverser la bien-nommée Valle de los Perdidos, donc je m’abstiens. Pique-nique au refuge Estrella del Agua, et redescente. Le retour nous conduit au clou du spectacle, l’autre vallée parsemée des fameux palmiers de cire, qui culminent à des dizaines de mètres de hauteur et constituent l’emblème de la Colombie. Avec cette herbe d’un vert intense et les jeux d’ombre dans la vallée, le décor est juste SPLEN-DIDE.







Je m’offre quelques jus de fruits sur la place qui commence à s‘échauffer : c’est vendredi soir et les colombiens ont la fête dans le sang, les week-ends ne peuvent pas être calmes. Et je passe une soirée tranquille, après un énième dîner dans le même restaurant populaire de la rue principale, observant le club de billard sur le trottoir d’en face. Tous les soirs il y a de l’ambiance dans ce bar, les hommes, souvent coiffés de leur panama, jouent au billard français au son du tango. Dehors dans la rue, les locaux passent et repassent, se baladent, les jeunes se réunissent sur un banc. Il règne une délicieuse ambiance. Gens aimables, bonne ambiance, délicieuse architecture, environnement grandiose, café … Salento ne me laisse pas indifférent. Je comprends les expats qui se sont installés ici, ça fait réfléchir…

Malgré l’envie de faire durer la dolce vita, je prends un bus le lendemain vers Santa Rosa, toujours dans l’axe du café, mais mon but est simplement d’aller dans les fameuses thermes. Arrivé trois heures plus tard je me dégote un petit hostel, je monte dans une chiva (sorte de camion transformé en bus festif avec une dizaine de bancs) et entre dans les thermes, absolument BON-DÉES. C’est dimanche et j’ai choisi les thermes familiaux et moins chers, donc je devais m’y attendre, les quelques piscines en plein air sont remplies de familles colombiennes, ça piaille dans tous les sens, la musique latino est à plein régime. Mais c’est bon enfant et l’endroit est superbe, au pied d’une quadruple cascade de cinquante mètres. Et je suis assez content d’être quasiment le seul étranger.







De retour en ville au bout de trois heures, tout ramolli par l’eau chaude et les oreilles qui sifflent presque de par le niveau des décibels, je visite très rapidement Santa Rosa, petite ville très active mais pas très belle. Dans la rue on voit encore des carrioles tractées par des chevaux, qui côtoient des 4x4 rutilants. Un gamin descend une rue en pentue à toute blinde sur une sorte de vélo-carriole sans freins, le pied frottant à terre. Même les locaux se frottent les yeux et se demandent qui il va percuter. Nuit très calme dans l’hostal quasiment vide (même le personnel se cache), et à demain pour la suite, un peu plus au nord…

Mis sensaciones estan creciendo !!





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3 commentaires:

  1. Magnifique pays. En effet on ne soupçonne pas une telle richesse. Et toujours des accueils chaleureux. Superbe!

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  2. heu ...pour le tejo, s'ti qui gagne c'est s'ti qui sniff la poudre? milimoulin

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    1. ah c'est ça, j'avais pas compris la règle ... mais ça doit péter la cloison nasale encore mieux que l'autre poudre !

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