Je resterais bien un peu plus longtemps à Sogamoso, dans la Finca San Pedro, entouré de tous ces voyageurs sympas. Mais j’ai tout un pays à voir, et à peine 4 semaines. Les charmes du voyage lent ne sont pas pour cette fois-ci.
Je pensais repasser rapidement à Bogotá pour changer de bus et
filer vers l’ouest, mais je n’ai pu qu’accepter la demande pressante de Gianna,
couchsurfeuse, de loger chez elle. Elle veut absolument héberger un
couchsurfeur et n’en a pas encore eu l’occasion. Je m’accorde donc un deuxième
court séjour à Bogotá, dans
l’appartement assez central de Gianna et son copain Mauricio.
Comme j’ai déjà vu le quartier touristo-historique
La Candelaria, Gianna m’emmène faire un tour dans son université, assez
impressionnante par ses équipements et sa convivialité avec des petits cafés et
terrasses un peu partout. Et nous poursuivons par une longue marche par les
quartiers plutôt huppés, ça change des balades classiques dans les centres-ville.
Et je constate que la Colombie est un pays beaucoup plus riche qu’on ne le
croit, ce serait même l’un des pays les plus développés d’Amérique du Sud. Il
suffit de voir le réseau routier, et les deux universités que j’ai pu visiter à
Bogotá. Le point faible réside dans les populations déplacées à cause de la
guérilla. Ce déplacement se fait à l’intérieur du même pays, et il est donc
moins connu que ceux d’Afrique, mais il est massif.
Gianna tient vraiment à être une hôte
parfaite, me montrant et m’expliquant autant de choses que possible. Le
lendemain nous faisons un tour au magnifique jardin botanique, une vraie
respiration dans la grisaille de Bogotá. Et une balade nocturne dans leur
quartier joli et tranquille, avant de filer prendre un bus de nuit vers mon
étape suivante. Encore un couchsurfing de toute première qualité, où je suis
accueilli comme un roi !
Après six heures de bus, secoué de tous
les côtés à cause du chauffeur qui s’est fait fort de rattraper l’heure de
retard prise au départ (et cela malgré la route de montagne), je comate une
demi-heure dans le terminal d’Armenia avant de prendre un mini-bus vers
Salento. Il est six heures du mat’, je suis sur une petite place d’une beauté
ahurissante, quelques petits commerces commencent déjà à ouvrir. Salento est un
vrai BON-HEUR : un bijou d’architecture coloniale vieux de 170 ans, avec
ses façades blanches et ses boiseries multicolores d’un excellent goût.
Il règne une délicieuse ambiance, les
gens sont très aimables et saluent les étrangers sans se faire prier. Nous
sommes aussi en plein « Eje Cafetero », l’axe du café, et à côté
d’une vallée qui attire de nombreux voyageurs et touristes, la vallée de Cocora.
Bref le programme promet d’être rempli. A peine installé dans un joli petit
hostal, dans une maison coloniale en plein centre, je découvre qu’un australien
installé ici part randonner tous les matins dans les montagnes environnantes,
dans le but purement altruiste de dessiner des cartes de la région, et il
propose à tous les voyageurs de le rejoindre chez lui à 10h tapantes, pour lui
donner un peu de compagnie et profiter de sa connaissance des petits sentiers.
Aller se coucher pour effacer la fatigue
post-bus, ou aller randonner immédiatement pendant 3-4 heures ? Dilemme
vite évacué, à 10h je prends un café avec Dave dans son bar Speakeasy, et nous
partons découvrir une vallée à l’ouest de la ville avec ses deux chiens. A
peine arrivés sur le premier chemin de terre, le paysage est grandiose, très
vert ; Les montagnes autour ne sont pas très grandes, mais nous sommes au
pied du Parc National Los Nevados, qui inclut plusieurs sommets dépassant les
5000 mètres, dont El Ruiz, volcan qui menace qui s’est réveillé en avril
dernier et continue à menacer. Dès que les nuages veulent bien se décrocher des
sommets, on devine les hauteurs qui se dessinent au loin.
Sous le soleil qui tape déjà fort, nous
descendons dans une vallée, ne croisons presque personne, ramassons des granadillas au sol, traversons des
champs puis une rivière à pied nus. Nous arrivons à une ferme isolée et
miséreuse, le père de famille nous explique gentiment notre chemin et j’ai du
mal à ne pas fixer les 2 dents qui se battent en duel dans sa bouche. Le long
de la rivière, quelques hommes cherchent de l’or, l’un cache ses outils sous
une berge et rentre chez lui. Nous marchons où nous pouvons, retraversons la
rivière, passons sous les clôtures, pour finalement rejoindre un petit hameau.
Dave reste là pour se baigner dans la rivière avec ses chiens, je prends la
route du retour vers Salento. Le petit hameau est splendide, le chemin est pavé
de petites fincas familiales qui
produisent leur café et des fruits. Je me retrouve par hasard face à la finca de Don Elias, dont les hostals
font abondamment la pub parce qu’il propose un tour guidé très sympa. Le
sommeil attendra encore un peu, je prends mon tour pour la visite, bientôt
rejoint par un couple espagnol et un couple hollandais. Belle visite au milieu
de sa plantation de café bio, avec aussi des plants de banane, d’ananas, au
milieu des palmiers, dans un décor tropical. Au final je n’ai pas été conquis
par le goût de son café, mais il était peut-être juste trop faible.
Paradoxalement il est difficile en Colombie de boire du bon café, parce qu’il
est exporté.
Je prends enfin la route du retour, en
résistant à la facilité de la jeep-taxi qui nous dépasse. Allez une heure de
marche en plus, en montée, en compagnie du couple hollandais très sympa, ça ne peut
pas me faire de mal ! Comme je ne suis toujours pas calé sur l’heure
colombienne après plus de dix jours de voyage (ce qui se résume : paupières
très lourdes à 22h et réveil à 5h, tous les jours, génial), ça ne peut que
m’aider. En dînant dans un resto local, je rencontre Clara et Fred, un jeune
couple français, et nous terminons en expérimentant le tejo, jeu traditionnel colombien qui consiste à lancer des palets
sur des petites enveloppes de poudre placées à plusieurs mètres sur de la terre
glaise. Je résume un peu vite, je le conçois, mais c’est ça.
Le lendemain est une journée-glandouille
comme je les aime en voyage, ma première en dix jours, non mais ! J’en
profite pour monter au mirador, me balader dans les rues tranquilles et admirer
les balcons, écouter les déboires sentimentaux de la coiffeuse pendant qu’elle
soulage mon crâne d’un certain poids, goûter aux jus de fruits frais sur la
place (mango-maracuya, j’en suis dingue !), discuter avec un barbu
californien dans l’hostal… Et soirée pur gringo dans le bar Speakeasy de Dave, curieusement
entouré d’une grande majorité d’américains, c’est curieux cette concentration.
Je recroise Clara et Fred, rendez-vous
est pris pour enfin marcher dans la vallée de Cocora le lendemain. Départ à
7h30 depuis la place, dans l’une des jeeps, style seconde guerre mondiale mais
clinquantes et alignées toute la journée sur la place. Elles servent à la fois
à emmener les marcheurs dans la vallée et comme transport en commun pour les
gens du coin.
Une heure trente de montée tranquille,
d’abord entre les champs puis le long de la rivière et sur les ponts suspendus
qui se balancent, jusqu’à la réserve naturelle Acaime, en fait une propriété
privée où l’on peut observer les colibris dans un décor luxuriant, en buvant un
café. Un vieux couple tient l’endroit et fait son beurre tranquillement dans ce
petit paradis, en ajoutant un peu d’eau sucrée aux mangeoires et en servant des
cafés. Facile la vie.
Pour allonger un peu le parcours
classique, nous décidons de marcher jusqu’à Estrella del Agua, à 3170 mètres
d’altitude. Deux heures de montée raide, épuisante … pour ne pas voir beaucoup
mieux le paysage ! J’aurais aimé monter encore plus haut et dormir à 4000
mètres, mais je n’ai trouvé personne pour m’accompagner et il faut traverser la
bien-nommée Valle de los Perdidos, donc je m’abstiens. Pique-nique au refuge
Estrella del Agua, et redescente. Le retour nous conduit au clou du spectacle,
l’autre vallée parsemée des fameux palmiers de cire, qui culminent à des
dizaines de mètres de hauteur et constituent l’emblème de la Colombie. Avec
cette herbe d’un vert intense et les jeux d’ombre dans la vallée, le décor est
juste SPLEN-DIDE.
Je m’offre quelques jus de fruits sur la place qui commence à s‘échauffer :
c’est vendredi soir et les colombiens ont la fête dans le sang, les week-ends
ne peuvent pas être calmes. Et je passe une soirée tranquille, après un énième
dîner dans le même restaurant populaire de la rue principale, observant le club
de billard sur le trottoir d’en face. Tous les soirs il y a de l’ambiance dans
ce bar, les hommes, souvent coiffés de leur panama, jouent au billard français
au son du tango. Dehors dans la rue, les locaux passent et repassent, se
baladent, les jeunes se réunissent sur un banc. Il règne une délicieuse
ambiance. Gens aimables, bonne ambiance, délicieuse architecture, environnement
grandiose, café … Salento ne me laisse pas indifférent. Je comprends les expats
qui se sont installés ici, ça fait réfléchir…
Malgré l’envie de faire durer la dolce
vita, je prends un bus le lendemain vers Santa Rosa, toujours dans l’axe du
café, mais mon but est simplement d’aller dans les fameuses thermes. Arrivé trois
heures plus tard je me dégote un petit hostel, je monte dans une chiva (sorte
de camion transformé en bus festif avec une dizaine de bancs) et entre dans les
thermes, absolument BON-DÉES. C’est dimanche et j’ai choisi les thermes familiaux
et moins chers, donc je devais m’y attendre, les quelques piscines en plein air
sont remplies de familles colombiennes, ça piaille dans tous les sens, la
musique latino est à plein régime. Mais c’est bon enfant et l’endroit est
superbe, au pied d’une quadruple cascade de cinquante mètres. Et je suis assez
content d’être quasiment le seul étranger.
De retour en ville au bout de trois
heures, tout ramolli par l’eau chaude et les oreilles qui sifflent presque de
par le niveau des décibels, je visite très rapidement Santa Rosa, petite ville
très active mais pas très belle. Dans la rue on voit encore des carrioles
tractées par des chevaux, qui côtoient des 4x4 rutilants. Un gamin descend une
rue en pentue à toute blinde sur une sorte de vélo-carriole sans freins, le
pied frottant à terre. Même les locaux se frottent les yeux et se demandent qui
il va percuter. Nuit très calme dans l’hostal quasiment vide (même le personnel
se cache), et à demain pour la suite, un peu plus au nord…
Mis sensaciones estan creciendo !!
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Magnifique pays. En effet on ne soupçonne pas une telle richesse. Et toujours des accueils chaleureux. Superbe!
RépondreSupprimerheu ...pour le tejo, s'ti qui gagne c'est s'ti qui sniff la poudre? milimoulin
RépondreSupprimerah c'est ça, j'avais pas compris la règle ... mais ça doit péter la cloison nasale encore mieux que l'autre poudre !
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