Je descends la
passerelle, assailli par une bouffée de chaleur étouffante qui ne me surprend
pas, j'ai été prévenu.
Mais je n'aurais raté
pour rien au monde cette étape. Depuis 3 ans que j'ai la Colombie en tête, une
ville m'obsède plus que le reste, une petite merveille d'architecture coloniale
espagnole : Carthagène des Indes.
Je sais aussi qu'en
dehors du centre historique, le reste de la ville est un vrai chaos. Je marche
péniblement 100 mètres en dehors de l'aéroport, chargé de mes 20 kilos,
jusqu'au premier carrefour où j'attrape un vieux bus public conduit par un gros
chauffeur débonnaire au type très caribéen, qui laisse traîner des tas de
billets chiffonnés sur le tableau de bord.
Le bus traverse des
quartiers délabrés et poussiéreux, aux rues défoncées et aux maisons
misérables, et me laisse à l'entrée du centre historique. Les cinq minutes de
marche pour rejoindre l'hostel sont difficiles avec tout le poids que je porte,
et en plus il est 14 heures, mais il me suffit d'une ou deux rues pour déjà
apprécier la beauté des rues.
Je me rafraîchis un
moment dans l'air conditionné du dortoir de l'hostel, et je constate que les
douches n'ont qu'un seul bouton, celui de l'eau froide ! Et personne ne s'en
est jamais plaint, prendre une douche chaude serait purement masochiste.
Après avoir englouti
un ceviche divin mais hors de prix,
je commence un petit tour de la ville, en commençant par les remparts puis à
l'intérieur du quartier historique. Je suis subjugué par autant de beauté
architecturale : les façades colorées, les balcons en bois fleuris de
bougainvillers, les petites places ombragées, les églises... tout respire des
siècles chargés d'histoire, un bon goût jamais démenti et excellemment
conservé.
J'en ai vu des villes
coloniales sublimes, partout en Amérique du Sud et dans l'ex-Indochine, mais là
je crois que Carthagène est imbattable. J'ai envie de la comparer à Luang
Prabang au Laos, sauf qu'il s'agissait du style colonial français, à une époque
beaucoup plus récente, et que l'architecture est totalement différente. Mais
les villes produisent le même sentiment, et la même envie de parcourir les rues
inlassablement.
Je ne fais qu’un premier
tour rapide de la ville, assez accablé par la chaleur, et je rentre à l’hostal
qui offre son air conditionné salvateur mais sa musique assourdissante. C’est
un hostal pour jeunes gringos, et je crois que j’y suis de moins en moins
adapté…
Vaguement rafraîchi mais
complètement ramolli, je ressors avec Jorge, un chilien rencontré dans l’hostal,
pour boire un verre sur la splendide place de l’horloge. C’est samedi soir,
tous les colombiens sont de sortie sur les terrasses, et les bars donnent tous
de la salsa à plein volume. Rien de mieux pour faire passer la bière, fraîche
et pas chère (et pas mauvaise, en tout cas pour un pays d’Amérique du Sud).
Le lendemain je m’arme
de courage pour entamer une visite plus approfondie de Carthagène, avec la
ferme intention de voir chaque petite rue et de faire bouillir l’appareil
photo. Je me perds volontairement dans le dédale de rues étroites et divinement
colorées, et j’arrive par hasard sur la belle place Bolivar, verte et ombragée.
Je visite l’excellent Palais de l’Inquisition, superbe bâtiment qui exhibe
entre autres les meilleurs instruments de torture. 5 autodafés y ont eu lieu jusqu’à l’indépendance en 1821, et 800
personnes furent exécutées. Au coin de la rue, un soupirail permettait de
dénoncer ses ennemis pour qu’ils soient jugés comme étant hérétiques, et
presque à coup sûr torturés et exécutés. Quand le voyage rend concret des
histoires apprises étant jeune, et rend très concrètes des références
culturelles, comme le Candide de
Voltaire, l’effet est proprement magique.
Je sors du quartier
historique et fais un long détour par le quartier d’affaires, un isthme hérissé
de grandes tours et bordé de plages très moyennes où un jeune colombien essaie
de me vendre tout ce qui lui passe par la tête (crabes, excursions, filles,
drogue …). Pendant que je l’écoute poliment pour voir tout ce qu’il est capable
de proposer, il m’abreuve de pinces de crabes arrosées de citron, pour
m’inciter à les acheter. Ça valait bien le coup de faire semblant d’être
intéressé, non ?
Je reviens vers le
centre historique, toujours plus ramolli par la chaleur, et je reprends les
rues dans tous les sens pour être sûr de n’en rater aucune, remplissant
progressivement la carte mémoire et me garantissant une looongue soirée de tri
des photos.
Le lendemain est une
journée tranquille, je me contente de visiter le beau couvent San Pedro Claver,
avec son patio blanc rempli de palmiers.
Je m’assure que je n’ai oublié aucune
minuscule ruelle, et je rentre à l’hostel pour passer une après-midi paresseuse
et surtout au frais. La soirée est une de ces soirées simples et magiques que
le voyage offre. Avec un petit groupe de backpackers de l’hostal, nous faisons
les courses et cuisinons pendant un temps interminable pour finalement
s’attabler « comme à la maison », avant de s’offrir une virée dans
Carthagène by night, pour terminer en buvant quelques bières sur les remparts.
C’est dans ces moments-là que l’on se rend compte que de la chance que l’on a,
d’être à cet endroit-là à ce moment-là et avec ces gens que je ne connaissais
pas il y a trois heures.
Le jour suivant est
une demi-erreur, je prends un bateau très matinal (et très touristique) vers
les îles du Rosario, avec Jorge, Bones une sino-américaine, et un argentin. Il
est très tôt, le soleil tape déjà fort sur le pont, le bateau est vieux et ses
moteurs font un bruit assourdissant auquel s’ajoute le bruit des conversations
des familles colombiennes. Heureusement je ne suis pas seul, mais bon sang que
c’est long. Deux heures pour arriver aux îles et ne pas en voir grand-chose,
puis une heure pour arriver à Playa Blanca. C’est la seule belle plage aux
alentours de Carthagène, mais elle est extrêmement étroite, et absolument
bondée aujourd’hui. Les bateaux qui tractent des engins gonflables manoeuvrent
à toute vitesse à proximité immédiate des nageurs.
Et au moins une heure pour
rentrer à Carthagène, toujours dans le même bruit des moteurs. Une journée qui
serait perdue si nous n’avions pas fait connaissance avec une charmante petite
famille colombienne, qui nous a tenu compagnie toute la journée et s’est
montrée aussi sympathique et ouverte qu’il est possible de l’être. Décidément
ces colombiens ne cesseront de m’impressionner !
La soirée est encore
un bon moment, entre petit resto, promenade nocturne, et tchatche gentiment
alcoolisée avec trois argentins et trois américaines.
Malgré les excellentes
sensations, et le rêve enfin réalisé de voir Carthagène des Indes, je fixe le
départ au lendemain. Je me rapproche de mon terminus !
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Merci pour ces récits riches en descriptions qui nous emménent découvrir la Colombie en même temps que toi. Avec les photos nous nous faisons une trés bonne idée de ce pays. A quand notre voyage la-bas?
RépondreSupprimerA bientôt avec le prochain épisode.