3 oct. 2012

Colombia es chévere !

Je prends mon premier bus vers Villa de Leyva, 4 heures au nord de Bogotá. C’est toujours important le premier voyage en bus dans un nouveau pays. Il n’est pas forcément représentatif des voyages suivants, que ce soit sur le paysage, les passagers, le bus lui-même (confortable ou une vieille tôle qui fait des bruits inquiétants)… Mais c’est une première découverte du pays, et de milliers de détails sur la vie des gens, sur l’univers visuel en ville et le long des routes, les noms des magasins... Même en Amérique du Sud, le vocabulaire change d'un pays à l'autre malgré la langue commune.

Tiens ici ils ont des « viejotecas » ! Viejo veut dire vieux, ce sont donc des discothèques pour vieux (tout est relatif, disons pour les trentenaires voire les quarantenaires encore assez pêchus pour sortir) qui passent de la musique pas trop récente. Techno bannie, vieux tubes et salsa garantis.

Les colombiens, mais pas seulement eux, utilisent tout le temps le mot chévere (prononcer tchévéré) pour dire excellent, cool, génial… Carrefour s’est implanté en Colombie, mais au lieu de s’appeler Carrefour Planet ou Market, ses supermarchés s’appellent Carrefour Chévere, comme si en France on avait des Carrefour Cool ou Carrefour Génial. (fin de l’anecdote consumériste, mes plus plates excuses pour ce momentané mais profond manque d’exotisme).

S’il fallait retenir un mot omniprésent dans le paysage urbain, ce serait minutos : appeler avec son portable coûte assez cher en Colombie, alors au lieu d’utiliser son propre forfait, on utilise le portable des petits kiosques à boissons et sucreries, présents à tous les coins de rue comme dans toute l’Amérique du Sud, et on peut appeler pour un prix ridiculement bas. Le portable est accroché au kiosque par une petite ficelle et il y en a souvent plusieurs, un par réseau pour éviter les appels d’un réseau à un autre. On dit au vendeur sur quel réseau on veut appeler et il nous passe le portable qui correspond. Lui a acheté des minutos en grande quantité pour obtenir à des prix avantageux.

Dès les premières minutes, pendant que nous traversons les quartiers périphériques de Bogotá, je retrouve l'ambiance habituelle des trajets en bus sud-américains : l’assistant qui démarche les piétons sur le trottoir à chaque arrêt (eux ont une autre direction ou se montrent semi-indifférents pour faire baisser le prix), les vendeurs qui montent et proposent boissons et petites douceurs typiques du pays ou de la région. D’ailleurs ce ne sont jamais les mêmes d'un pays latino à un autre, à chaque fois c’est un vrai bonheur de les découvrir.

Le voyage en bus se poursuit dans la campagne, sur une autoroute en très bon état qui trace au milieu de petites montagnes. Le paysage n’est ni laid ni vraiment beau, mais je remarque surtout la quantité de détritus sur le bord de la route. Et l’assistant du bus jette ostensiblement un emballage par la fenêtre ! Rhâââ, est-il nécessaire de vivre dans un pays riche pour comprendre à quel point c’est stupide de polluer son propre environnement ? En France cela nous ramène vingt à trente ans en arrière, nous faisions la même chose.

Sur la route, de nombreux postes de police qui arrêtent les véhicules plus ou moins au hasard pour les contrôler, le grand banditisme le long de certaines routes et la guérilla ne font pas encore partie du passé. La plus grande partie du pays a été « épurée » et sécurisée, mais la vigilance est de mise. Ce sont même souvent des militaires, mitraillette à la main, qui sont postés. Quand ils nous laissent passer sans contrôle, le premier soldat lève le pouce. Signe convivial ou simple convenance pour éviter les freinages inutiles ?

J’arrive à Villa de Leyva, véritable petit bijou d’architecture coloniale : les façades sont blanches, les portes et fenêtres en bois avec de superbes balcons d’influence mauresque. La plaza est immense, en pente et aux pavés irréguliers. L’espace d’un instant elle me fait penser à la sublime place de Cuzco au Pérou, surtout par ses balcons. Comme si ça ne suffisait pas la ville est encerclée de montagnes verdoyantes. Toutes le centre historique est pavé, le tourisme est bien installé mais ne gâche pas l’authenticité.




Après un rapide almuerzo (menu de midi ultra copieux et pas cher) en compagnie d’une néo-zélandaise croisée à la sortie du bus, je m’installe dans un mignon petit hostal sur les hauteurs de la ville. A l’occasion d’une mini-randonnée sur la petite montagne juste au-dessus, proposée par le gérant de l’hostal, je rencontre une jeune française qui vit au Vénézuela. Elle est venue ici pour quelques jours, renouvellement de visa oblige. Elle me raconte un peu la précarité et la dangerosité grandissante dans le pays voisin (merci Chavez) et ça donne moyennement envie…
La soirée est passée sur la terrasse, avec elle, un suisse, et un couple de colombiens d’âge mûr qui nous régalent bière sur bière. Conversations riches et variées une partie de la nuit, et entièrement en espagnol, ça change !

Le lendemain matin, une fois la petite gueule de bois évacuée, je descends en ville pour découvrir le marché, très populaire et débordant de fruits exotiques. Un petit tour dans le centre historique pour admirer les maisons et petites places plus photogéniques les unes que les autres, je remonte à l’hostal et loue un vélo avec Fred, ce suisse sympa mais un peu bourrin sur les bords. C’est parti pour une longue après-midi de pédalage à travers la belle campagne. Premier arrêt au musée des fossiles, tout petit mais avec de superbes pièces et un spécimen de plusieurs mètres de long !
Second arrêt dans un vignoble assez haut de gamme. La Colombie produit très peu de vin, mais celui-là est excellent, et le domaine très beau. L’espace d’un instant je me revois visitant les vignobles de Cafayate, près de Salta en Argentine. Revigorés par un bon verre de leur Gran Reserva, nous poursuivons et je convainc Fred de poursuivre jusqu’à un beau monastère … mais ça monte fort et longtemps, et lui est trop grand pour son vélo qui s’est mis à couiner il y a déjà une heure. Je l’attends donc régulièrement (et longtemps) en me demandant s’il est reparti. Nous arrivons au monastère dominicain Santo Ecce Homo, magnifique et baignant dans une lumière rasante de fin d’après-midi. Le retour à vélo est long, très long. Enfin surtout pour Fred. Il est trop tard pour se baigner aux Pozos Azules, trous d’eau de couleur turquoise et accessoirement l’objectif principal de l’après-midi, c’est ballot !




Retour à l’hostal de justesse avant l’obscurité, et soirée tranquille sur la terrasse. Cette fois le couple colombien est parti se coucher tôt sous leur tente avec leur bouledogue, il n’y aura pas de longues discussions comme hier.
On se sent divinement bien à Villa de Leyva et dans cet hostal, mais je décide quand même de partir dès le lendemain matin. Cap à l’est, à deux petites heures, vers Sogamoso. Encore totalement hors des sentiers battus, mais peut-être plus pour longtemps. Je pensais trouver un village, à l’arrivée au terminal je découvre une ville grande et laide. Heureusement j’ai une excellente adresse, une finca (ferme/ranch/propriété à la campagne) transformée en hostal hors de la ville. J’essaie de trouver un bus qui en prend la route et pourrait me déposer devant, un conducteur fait tout son possible pour savoir où c’est et m’indiquer le bon bus. A peine quatre jours que je suis en Colombie et je ne rencontre que des gens A-DO-RA-BLES. Finalement l’option du taxi est la plus simple. Soit dit en passant, je n’ai pas dû esquiver une seule tentative d’arnaque des chauffeurs de taxi, même pas à Bogotá, je suis assez impressionné.

A peine installé dans la Finca San Pedro, et renseigné par les deux jeunes volontaires qui travaillent là, une franco-américaine et une polonaise, je me poste au bord de la route et attrape un bus vers Lago Tota, un grand lac à 3000 mètres d’altitude. Je dois changer de bus à Aquitania. Le temps est moche, la ville est absolument hideuse et glauque. Au coin d’une rue je trouve le bus vers Playa Blanca, il est déjà 16 heures donc il ne reste que deux heures de lumière et le temps empire. Sur la route en mauvais état qui longe le lac, un bus plein de locaux passe en sens inverse alors que je suis seul dans le mien. Je me demande si c’était une bonne idée de monter en altitude aussi tard, et je remets même en cause mon choix de venir à Sogamoso.

Finalement le temps s’améliore et j’arrive à Playa Blanca, une plage de sable blanc au bord du lac à 3000 mètres d’altitude, une vraie rareté. Le lac est énorme et bordé de montagnes qui se hissent allègrement à 3500 mètres voire plus. C’est dimanche, la plage est trustée par de nombreuses familles colombiennes venues pique-niquer, faire un tour en bateau, à cheval… Une sono installée à l’arrière d’un pick-up crache de la cumbia à plein volume. Ambiance typiquement sud-américaine d’un dimanche après-midi comme j’ai pu en voir en Argentine. Je discute un peu avec une mère de famille qui veut vraiment que je remonte sur la route sur un de ses chevaux, non merci, et qui veut en savoir un peu plus sur moi et mon voyage. Les colombiens sont souvent curieux d’en savoir plus sur les touristes et voyageurs qu’ils croisent, et se montrent particulièrement accueillants. Et ici à Playa Blanca, je suis clairement le seul étranger.




Je remonte sur la route et marche un peu pour attendre le bus. Je me poste devant une bicoque où quelques locaux descendent des bières au son de la cumbia qui grésille à plein volume. Tout heureux de voir un bus direct qui m’évite le changement dans la sordide Aquitania, je monte dedans et me rend compte qu’il fait le tour du lac dans le mauvais sens et ne va pas passer devant mon hostal. Une heure trente de bus et un taxi en prime mais je finis par rentrer « à la maison ». Où j’ai l’agréable surprise de voir qu’il y a un certain nombre de voyageurs qui y séjournent depuis plusieurs jours, un mix de nationalités encore plus varié que d’habitude.

Le lendemain, départ très matinal dans une charmante Renault 12 avec Tiffany la franco-américaine et un couple slovène. Nous arrivons au splendide petit village de Mongui, encore un petit bijou d’architecture coloniale mais encore totalement épargné par le tourisme.




Nous retrouvons notre guide José, un homme du cru d’âge très mûr et guide confirmé, qui nous emmène pour une randonnée grandiose et éreintante jusqu’à 4000 mètres d’altitude. Nous croisons plusieurs villageois habillés de la traditionnelle ruana, sorte de poncho mais plus chaud et plus lourd. Le chemin monte droit dans la pente et nous offre rapidement des vues splendides sur les vallées et montagnes environnantes. Celles-ci sont quadrillées de carrés multicolores, aucun espace cultivable n’est perdu même en altitude. José nous fait profiter d’un tracé exclusif qu’aucun autre guide ne connaît, à travers des grottes étroites et enfouies sous terre, et nous montre même une table de sacrifice datant du temps des communautés Muiscas (les Incas ne sont pas montés plus haut que le Pérou).

Nous sommes déjà à plus de 3500 mètres, le souffle se fait plus court et des petits maux de tête se manifestent chez les trois autres. Bien que je sorte de quatre mois en France au bord de la mer, j’ai la chance d’être plus habitué à l’altitude, grâce à mes longs mois en Argentine, Chili et Bolivie. Curieusement la végétation ne se raréfie pas, nous sommes au milieu du Paramo de Oceta, une plaine contenant un écosystème rarissime, avec des plantes particulières et une faune nombreuse. L’environnement est grandiose, mais ce n’est qu’une petite partie du spectacle de la journée : l’arrivée au sommet à 4000 mètres nous offre une vue grandiose sur une vallée verdoyante et la Laguna Negra juste derrière, juste avant d’être complètement noyés dans un nuage.




La descente nous emmène dans un corridor rocheux et très humide aux teintes vertes, jaunes et brunes. Il faut se faufiler à travers les rochers pour en sortir et traverser un champ de freilejon, ces fameuses plantes spécifiques. Nous marchons un long moment dans ce nuage, la visibilité est réduite mais peu importe, c’est juste MA-GI-QUE. En perdant de l’altitude le décor se normalise quelque peu mais reste superbe. En traversant un enclos de vaches nous suivent avec insistance, elles réclament du sel auquel elles sont totalement accros parce que que les paysans leur en donnent régulièrement pour les forcer à bien brouter. Faute d’agriculture intensive comme chez nous, il n’y pas de nourriture à leur donner et il faut s’assurer qu’elles engraissent malgré tout. En Bolivie déjà, au mois de mai, des vaches nous poursuivaient avec assiduité pour la même raison, et les pierres lancées dans leur direction ne les décourageaient pas.




Il a fallu cinq heures de montée continue pour arriver au sommet, il en faut bien quatre pour revenir à Mongui et nous terminons épuisés. Moi qui reconnais objectivement que mon exigence grandit et que je perds ma capacité à être impressionné, là je manque de mots pour dire mon émerveillement devant ce trek, qui nous a donné à voir en un jour ce qu’on voit d’habitude en plusieurs jours de trek, allant de surprise en surprise. Retour à la Finca San Pedro en Renault 12, pour une belle soirée où tout le monde se retrouve autour de la cheminée, comme une petite famille de voyageurs à la maison.

Vingt-quatre heures auparavant, je me demandais si je n’avais pas fait un mauvais choix de voyage. J’ai finalement eu la preuve que sortir des sentiers battus peut apporter des récompenses inestimables. Un jour Mongui sera très couru des voyageurs, mais là nous avons eu le village et la montagne rien que pour nous quatre !





P.S : pour la résolution d'écrire plus court, c'est déjà presque perdu !

.

4 commentaires:

  1. Je sais pas si tu es encore à Sogamoso, mais, dans ce cas-là il faut que tu ailles au monastère à Mongui, dont j'ai entendu dire que c'est le plus beau en Colombie -un péruvien a fait même la comparaison avec le monastère de Santa Catalina d'Arequipa-, et il est très peu connu. Aussi il te faut aller à gouter le vin Marques de Punta Larga -à Punta Larga, a 15 minutes de Sogamoso-, qui est réputé le meilleur vin de Colombie et un des meilleurs vins tropicaux au monde. Bon continuation de ton voyage... une Sogamoseña à Paris!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour, non j'ai quitté Sogamoso depuis déjà un bon moment, je suis à Medellin. Malheureusement je n'ai pas vu le monastère de Mongui, le trek ne nous a pas laissé bcp de temps. Et la bodega de Punta Larga non plus, manque de temps !
      Qui es-tu et comment es-tu tombée sur mon blog ?

      Supprimer
  2. Hola frangin. Deuxième commentaire, apparemment le premier sur cet article n'a pas fonctionné.

    Biz des lyonnais et à bientôt !

    RépondreSupprimer

Une réaction spontanée, une idée réfléchie, un petit mot pour dire qu'on est passé par là ... tout commentaire est le bienvenu. Et on n'oublie pas de signer ;-)