Les colombiens, mais pas
seulement eux, utilisent tout le temps le mot chévere (prononcer tchévéré)
pour dire excellent, cool, génial… Carrefour s’est implanté en Colombie, mais
au lieu de s’appeler Carrefour Planet ou Market, ses supermarchés s’appellent
Carrefour Chévere, comme si en France on avait des Carrefour Cool ou Carrefour
Génial. (fin de l’anecdote consumériste, mes plus plates excuses pour ce momentané mais profond manque d’exotisme).
S’il fallait retenir un
mot omniprésent dans le paysage urbain, ce serait minutos : appeler
avec son portable coûte assez cher en Colombie, alors au lieu d’utiliser son
propre forfait, on utilise le portable des petits kiosques à boissons et
sucreries, présents à tous les coins de rue comme dans toute l’Amérique du Sud,
et on peut appeler pour un prix ridiculement bas. Le portable est accroché au
kiosque par une petite ficelle et il y en a souvent plusieurs, un par réseau
pour éviter les appels d’un réseau à un autre. On dit au vendeur sur quel
réseau on veut appeler et il nous passe le portable qui correspond. Lui a acheté
des minutos en grande quantité pour obtenir à des prix avantageux.
Dès les premières
minutes, pendant que nous traversons les quartiers périphériques de Bogotá, je retrouve l'ambiance
habituelle des trajets en bus sud-américains : l’assistant qui démarche les
piétons sur le trottoir à chaque arrêt (eux ont une autre direction ou se
montrent semi-indifférents pour faire baisser le prix), les vendeurs qui
montent et proposent boissons et petites douceurs typiques du pays ou de la
région. D’ailleurs ce ne sont jamais les mêmes d'un pays latino à un autre, à chaque fois c’est un vrai bonheur de les découvrir.
Le voyage en bus se
poursuit dans la campagne, sur une autoroute en très bon état qui trace au
milieu de petites montagnes. Le paysage n’est ni laid ni vraiment beau, mais je
remarque surtout la quantité de détritus sur le bord de la route. Et
l’assistant du bus jette ostensiblement un emballage par la fenêtre ! Rhâââ,
est-il nécessaire de vivre dans un pays riche pour comprendre à quel point
c’est stupide de polluer son propre environnement ? En France cela nous
ramène vingt à trente ans en arrière, nous faisions la même chose.
Sur la route, de nombreux
postes de police qui arrêtent les véhicules plus ou moins au hasard pour les
contrôler, le grand banditisme le long de certaines routes et la guérilla ne
font pas encore partie du passé. La plus grande partie du pays a été
« épurée » et sécurisée, mais la vigilance est de mise. Ce sont même
souvent des militaires, mitraillette à la main, qui sont postés. Quand ils nous
laissent passer sans contrôle, le premier soldat lève le pouce. Signe convivial
ou simple convenance pour éviter les freinages inutiles ?
J’arrive à Villa de
Leyva, véritable petit bijou d’architecture coloniale : les façades sont
blanches, les portes et fenêtres en bois avec de superbes balcons d’influence
mauresque. La plaza est immense, en pente et aux pavés irréguliers. L’espace
d’un instant elle me fait penser à la sublime place de Cuzco au Pérou, surtout
par ses balcons. Comme si ça ne suffisait pas la ville est encerclée de montagnes
verdoyantes. Toutes le centre historique est pavé, le tourisme est bien
installé mais ne gâche pas l’authenticité.
Après un rapide almuerzo
(menu de midi ultra copieux et pas cher) en compagnie d’une néo-zélandaise
croisée à la sortie du bus, je m’installe dans un mignon petit hostal sur les
hauteurs de la ville. A l’occasion d’une mini-randonnée sur la petite montagne juste
au-dessus, proposée par le gérant de l’hostal, je rencontre une jeune française
qui vit au Vénézuela. Elle est venue ici pour quelques jours, renouvellement de
visa oblige. Elle me raconte un peu la précarité et la dangerosité grandissante dans le pays voisin (merci Chavez) et ça donne moyennement envie…
La soirée est passée sur
la terrasse, avec elle, un suisse, et un couple de colombiens d’âge mûr qui
nous régalent bière sur bière. Conversations riches et variées une partie de la
nuit, et entièrement en espagnol, ça change !
Le lendemain matin, une
fois la petite gueule de bois évacuée, je descends en ville pour découvrir le
marché, très populaire et débordant de fruits exotiques. Un petit tour dans le
centre historique pour admirer les maisons et petites places plus photogéniques
les unes que les autres, je remonte à l’hostal et loue un vélo avec Fred, ce
suisse sympa mais un peu bourrin sur les bords. C’est parti pour une longue
après-midi de pédalage à travers la belle campagne. Premier arrêt au musée des
fossiles, tout petit mais avec de superbes pièces et un spécimen de plusieurs
mètres de long !
Second arrêt dans un
vignoble assez haut de gamme. La Colombie produit très peu de vin, mais
celui-là est excellent, et le domaine très beau. L’espace d’un instant je me
revois visitant les vignobles de Cafayate, près de Salta en Argentine.
Revigorés par un bon verre de leur Gran Reserva, nous poursuivons et je
convainc Fred de poursuivre jusqu’à un beau monastère … mais ça monte fort et
longtemps, et lui est trop grand pour son vélo qui s’est mis à couiner il y a
déjà une heure. Je l’attends donc régulièrement (et longtemps) en me demandant
s’il est reparti. Nous arrivons au monastère dominicain Santo Ecce Homo,
magnifique et baignant dans une lumière rasante de fin d’après-midi. Le retour à
vélo est long, très long. Enfin surtout pour Fred. Il est trop tard pour se
baigner aux Pozos Azules, trous d’eau de couleur turquoise et accessoirement
l’objectif principal de l’après-midi, c’est ballot !
Retour à l’hostal de
justesse avant l’obscurité, et soirée tranquille sur la terrasse. Cette fois le
couple colombien est parti se coucher tôt sous leur tente avec leur bouledogue,
il n’y aura pas de longues discussions comme hier.
On se sent divinement
bien à Villa de Leyva et dans cet hostal, mais je décide quand même de partir
dès le lendemain matin. Cap à l’est, à deux petites heures, vers Sogamoso.
Encore totalement hors des sentiers battus, mais peut-être plus pour longtemps.
Je pensais trouver un village, à l’arrivée au terminal je découvre une ville
grande et laide. Heureusement j’ai une excellente adresse, une finca (ferme/ranch/propriété à la campagne) transformée en hostal hors de la ville. J’essaie de trouver un bus qui en prend
la route et pourrait me déposer devant, un conducteur fait tout son possible
pour savoir où c’est et m’indiquer le bon bus. A peine quatre jours que je suis
en Colombie et je ne rencontre que des gens A-DO-RA-BLES. Finalement l’option
du taxi est la plus simple. Soit dit en passant, je n’ai pas dû esquiver une
seule tentative d’arnaque des chauffeurs de taxi, même pas à Bogotá, je suis assez impressionné.
A peine installé dans la
Finca San Pedro, et renseigné par les deux jeunes volontaires qui travaillent
là, une franco-américaine et une polonaise, je me poste au bord de la route et
attrape un bus vers Lago Tota, un grand lac à 3000 mètres d’altitude. Je dois
changer de bus à Aquitania. Le temps est moche, la ville est absolument hideuse
et glauque. Au coin d’une rue je trouve le bus vers Playa Blanca, il est déjà
16 heures donc il ne reste que deux heures de lumière et le temps empire. Sur la
route en mauvais état qui longe le lac, un bus plein de locaux passe en sens
inverse alors que je suis seul dans le mien. Je me demande si c’était une bonne
idée de monter en altitude aussi tard, et je remets même en cause mon choix de venir
à Sogamoso.
Finalement le temps s’améliore
et j’arrive à Playa Blanca, une plage de sable blanc au bord du lac à 3000
mètres d’altitude, une vraie rareté. Le lac est énorme et bordé de montagnes
qui se hissent allègrement à 3500 mètres voire plus. C’est dimanche, la plage
est trustée par de nombreuses familles colombiennes venues pique-niquer, faire
un tour en bateau, à cheval… Une sono installée à l’arrière d’un pick-up crache
de la cumbia à plein volume. Ambiance typiquement sud-américaine d’un dimanche
après-midi comme j’ai pu en voir en Argentine. Je discute un peu avec une mère
de famille qui veut vraiment que je remonte sur la route sur un de ses chevaux,
non merci, et qui veut en savoir un peu plus sur moi et mon voyage. Les
colombiens sont souvent curieux d’en savoir plus sur les touristes et voyageurs
qu’ils croisent, et se montrent particulièrement accueillants. Et ici à Playa
Blanca, je suis clairement le seul étranger.
Je remonte sur la route
et marche un peu pour attendre le bus. Je me poste devant une bicoque où
quelques locaux descendent des bières au son de la cumbia qui grésille à plein
volume. Tout heureux de voir un bus direct qui m’évite le changement dans la
sordide Aquitania, je monte dedans et me rend compte qu’il fait le tour du lac
dans le mauvais sens et ne va pas passer devant mon hostal. Une heure trente de
bus et un taxi en prime mais je finis par rentrer « à la maison ». Où
j’ai l’agréable surprise de voir qu’il y a un certain nombre de voyageurs qui y
séjournent depuis plusieurs jours, un mix de nationalités encore plus varié que
d’habitude.
Le lendemain, départ très
matinal dans une charmante Renault 12 avec Tiffany la franco-américaine et un
couple slovène. Nous arrivons au splendide petit village de Mongui, encore un
petit bijou d’architecture coloniale mais encore totalement épargné par le tourisme.
Nous retrouvons notre
guide José, un homme du cru d’âge très mûr et guide confirmé, qui nous emmène
pour une randonnée grandiose et éreintante jusqu’à 4000 mètres d’altitude. Nous
croisons plusieurs villageois habillés de la traditionnelle ruana,
sorte de poncho mais plus chaud et plus lourd. Le chemin monte droit dans la
pente et nous offre rapidement des vues splendides sur les vallées et montagnes
environnantes. Celles-ci sont quadrillées de carrés multicolores, aucun espace
cultivable n’est perdu même en altitude. José nous fait profiter d’un tracé
exclusif qu’aucun autre guide ne connaît, à travers des grottes étroites et
enfouies sous terre, et nous montre même une table de sacrifice datant du temps
des communautés Muiscas (les Incas ne sont pas montés plus haut que le Pérou).
Nous sommes déjà à plus
de 3500 mètres, le souffle se fait plus court et des petits maux de tête se
manifestent chez les trois autres. Bien que je sorte de quatre mois en France
au bord de la mer, j’ai la chance d’être plus habitué à l’altitude, grâce à mes
longs mois en Argentine, Chili et Bolivie. Curieusement la végétation ne se
raréfie pas, nous sommes au milieu du Paramo de Oceta, une plaine contenant un
écosystème rarissime, avec des plantes particulières et une
faune nombreuse. L’environnement est grandiose, mais ce n’est qu’une petite
partie du spectacle de la journée : l’arrivée au sommet à 4000 mètres nous
offre une vue grandiose sur une vallée verdoyante et la Laguna Negra juste
derrière, juste avant d’être complètement noyés dans un nuage.
La descente nous emmène
dans un corridor rocheux et très humide aux teintes vertes, jaunes et brunes.
Il faut se faufiler à travers les rochers pour en sortir et traverser un champ
de freilejon,
ces fameuses plantes spécifiques. Nous marchons un long moment dans ce nuage,
la visibilité est réduite mais peu importe, c’est juste MA-GI-QUE. En perdant
de l’altitude le décor se normalise quelque peu mais reste superbe. En
traversant un enclos de vaches nous suivent avec insistance, elles réclament du
sel auquel elles sont totalement accros parce que que les paysans leur en
donnent régulièrement pour les forcer à bien brouter. Faute d’agriculture
intensive comme chez nous, il n’y pas de nourriture à leur donner et il faut
s’assurer qu’elles engraissent malgré tout. En Bolivie déjà, au mois de mai,
des vaches nous poursuivaient avec assiduité pour la même raison, et les
pierres lancées dans leur direction ne les décourageaient pas.
Il a fallu cinq heures de
montée continue pour arriver au sommet, il en faut bien quatre pour revenir à
Mongui et nous terminons épuisés. Moi qui reconnais objectivement que mon
exigence grandit et que je perds ma capacité à être impressionné, là je manque
de mots pour dire mon émerveillement devant ce trek, qui nous a donné à voir en
un jour ce qu’on voit d’habitude en plusieurs jours de trek, allant de surprise
en surprise. Retour à la Finca San Pedro en Renault 12, pour une belle soirée
où tout le monde se retrouve autour de la cheminée, comme une petite famille de
voyageurs à la maison.
Vingt-quatre heures
auparavant, je me demandais si je n’avais pas fait un mauvais choix de voyage. J’ai
finalement eu la preuve que sortir des sentiers battus peut apporter des
récompenses inestimables. Un jour Mongui sera très couru des voyageurs, mais là
nous avons eu le village et la montagne rien que pour nous quatre !
P.S : pour la résolution d'écrire plus court, c'est déjà presque perdu !
.
Je sais pas si tu es encore à Sogamoso, mais, dans ce cas-là il faut que tu ailles au monastère à Mongui, dont j'ai entendu dire que c'est le plus beau en Colombie -un péruvien a fait même la comparaison avec le monastère de Santa Catalina d'Arequipa-, et il est très peu connu. Aussi il te faut aller à gouter le vin Marques de Punta Larga -à Punta Larga, a 15 minutes de Sogamoso-, qui est réputé le meilleur vin de Colombie et un des meilleurs vins tropicaux au monde. Bon continuation de ton voyage... une Sogamoseña à Paris!
RépondreSupprimerBonjour, non j'ai quitté Sogamoso depuis déjà un bon moment, je suis à Medellin. Malheureusement je n'ai pas vu le monastère de Mongui, le trek ne nous a pas laissé bcp de temps. Et la bodega de Punta Larga non plus, manque de temps !
SupprimerQui es-tu et comment es-tu tombée sur mon blog ?
a bientot,
RépondreSupprimerLucie
Hola frangin. Deuxième commentaire, apparemment le premier sur cet article n'a pas fonctionné.
RépondreSupprimerBiz des lyonnais et à bientôt !