21 oct. 2012

Gracias por venir a Colombia !



Après un dernier et exquis expresso à Santa Rosa (je suis quand même dans la zone du café), je vais me poster au bord de la route principale pour attendre un bus. Un jeune colombien vient tchatcher et me poser des dizaines de questions sur moi, mon voyage, la France.


Il est sincèrement intéressé à en savoir plus, mais je sens bien qu’il a aussi un intérêt matériel, et justement il en vient au but : il me dit que le trajet jusqu’à Manizales vaut 7000 pesos –ça je sais que c’est vrai donc je mets mon radar à arnaques en semi-veille- et me propose de le négocier auprès du chauffeur à 6000 pesos, pour que je lui donne les 1000 de différence. C’est vrai qu’en Colombie on peut négocier le prix de son billet, mais je ne connaissais pas encore cette technique.
Au bout de 45 longues minutes d’attente sur le trottoir, le bus finit par arriver. Le tchatcheur essuie un premier refus, j’attends dans les marches du petit bus plein à craquer. Le chauffeur paraît embêté de me proposer de rester debout, mais je n’ai pas l’intention d’attendre le bus suivant. Le tchatcheur est juste derrière moi, insistant auprès du chauffeur, lequel finit par dire ok pour 6000. Je lui tends les 1000, presque content de le payer pour sa débrouille puisqu’elle est honnête et ne me coûte rien.

Le voyage se passe tant bien que mal, debout et courbé à l’avant. Le bus est arrêté pour un contrôle, un soldat me fait descendre avec deux autres colombiens et joue au méchant en me posant des questions sur mon voyage. Pfff, tu peux pas juste regarder mon passeport et mon tampon d’entrée dans le pays, au lieu de jouer aux enquêteurs perspicaces ?
Nous traversons la ville sale et poussiéreuse de Chinchina. C’est étonnant comme en Amérique du Sud les villes somptueuses, bijoux d’architecture coloniale, alternent avec les villes glauques, et ces dernières sont souvent plus dynamiques économiquement.

J’arrive enfin à Manizales, je découvre une grande ville étudiante, perchée sur une montagne. Le centre et le quartier moderne sont sur une crête, et les quartiers s’accrochent à flanc de montagne, ce qui donne un labyrinthe de rues vertigineuses et en lacets. Et un téléphérique traverse la ville de part en part.
Une fois installé dans un petit hostal très sympa, je pars me balader dans le centre. Assez chaotique, avec sa circulation très dense et les trottoirs remplis de monde. La place principale vaut vaguement le coup d’œil.






La frénésie d’une ville me pousse généralement à être prudent, je me dirige vers deux policiers pour leur demander où je peux attraper le bus vers un mirador. Ils se montrent très sympas et me posent beaucoup de questions, les questions habituelles qui sont posées aux étrangers qui visitent le pays. Ils me serrent la main et l’un des deux me dit « Gracias por venir a Colombia ». Je ne peux réprimer un sourire en entendant cette phrase, toute simple en apparence mais qui veut dire beaucoup. Je m’attendais à l’entendre un jour mais la sensation est forte. C’est un peu comme les panneaux que l’on peut voir en sortant d’un pays, à la frontière, ou à la sortie de n’importe quelle ville dans le monde. Mais là c’est beaucoup plus qu’une phrase aimable, le sens est plus profond et sincère.
Le fait que le pays s’ouvre depuis peu au tourisme, que les colombiens subissent leur réputation sulfureuse (et infondée) dans le monde entier, et qu’ils soient des gens gentils et ouverts, tout cela les pousse à aimer et bien accueillir les étrangers (mais ils se font moins confiance entre eux, dixit Gianna ma seconde hôte à Bogotá).
Moi qui en France demande rarement mon chemin (un mec, quoi !), ici j’aime bien demander, soit aux policiers soit aux commerçants, ou aux gens qui m’inspirent confiance et n’ont pas l’air trop pressés. Mon gros accent et la maladresse (relative) de mes phrases en espagnol m’assurent une réponse aimable et serviable. Et le simple fait de se montrer très poli aide encore plus, en Amérique du Sud ils sont plutôt du genre (trop) direct.

En plus de cette reconnaissance qu’ils ont envers le voyageurs venus découvrir leur pays, les Colombiens eux-mêmes me disent avec enthousiasme et sans fausse pudeur que je vais adorer leur pays, que le mélange de culture et de paysages va me fasciner. Cela pourrait passer pour un excès pas très fin de fierté et de chauvinisme.
Mais en fait non, c'est juste vrai, de par tout ce que j'ai entendu depuis trois ans et ce que j'ai vu en une semaine. Et cette tendance à vanter leur pays d'une façon simple et directe s'explique sûrement par la mauvaise réputation de la Colombie dans le monde entier, réputation dont ils ont parfaitement conscience, qui est de plus en plus injustifiée avec l'évolution récente du pays. Réputation que le colombien moyen, pacifique et sans lien avec le crime, n'a jamais mérité. Au contraire ils n'ont fait que subir la violence.

Cette délicieuse phrase résonnera dans ma tête jusqu’à la fin de la journée :
Gracias por venir a Colombia !

Je trouve mon bus pour monter à Torre al Cielo, un observatoire futuriste sur la partie la plus haute de la ville, avec une vue grandiose sur les montagnes et vallées verdoyantes environnantes, et surtout sur le Parc National Los Nevados, avec ses pics à 5000 mètres et son célèbre volcan Ruiz, entré en éruption en début d’année et toujours menaçant. Mais là il est plongé dans un nuage, je crois seulement distinguer son panache de fumée qui s’élève très haut.




Le jour tombe dès 18h et très vite (nous sommes proches de l’équateur), je reprends un bus vers le quartier moderne et favorisé où se trouve mon hostal, en traversant le centre. Les rues sont des alignements de petites boutiques indépendantes, les chaînes de magasins sont peu implantées en Amérique du Sud, ce qui favorise le petit commerce et rend les centres-ville d’autant plus bondés. Les supermarchés sont moins présents et souvent plus chers que les petits magasins (pourvu que ça dure, ils ne savent pas leur chance !).

Manizales est réputée pour compter plusieurs parcs naturels de première qualité, le lendemain je pars visiter le Recinto del Pensamiento.























Implanté dans une forêt tropicale à flanc de montagne, juste à l’extérieur de la ville, il offre une superbe balade hors du vacarme, avec une splendide vue sur les montagnes, et on y voit des orchidées, une belle serre à papillons, un jardin japonais, une maison des colibris (avec petit expresso offert pendant l’observation) des sentiers de balade parsemés de fleurs rares, un centre d’exposition en bambou et en forme de champignon géant, et un jardin d’herbes médicinales où trône royalement un énorme plant de marijuana ! Le guide me précise qu’il surveille les visiteurs à chaque fois, pour vérifier qu’ils n’en arrachent pas une partie…


Tout cela serait parfait si la visite n’avait duré qu’une heure et demie, avec l’impossibilité de continuer la balade sans le guide ... un peu frustrant…

Je passe une après-midi essentiellement utilitaire à l’hostal, pour préparer (je hais ce mot en voyage mais bon) un peu les jours à venir. Et dès le lendemain je prends un minibus pour Medellin, bien négocié à mon unique profit cette fois.

Quatre heures de trajet rapide, sur des route sinueuses au milieu d’un environnement semi-tropical et luxuriant. Les trajets en bus sont beaux mais commencent à me donner la gerbouille…

Enfin arrivé dans la mégapole, je rallie un hostal récemment ouvert et très convivial, qui a le mérite de n’être ni dans le quartier riche ni dans le centre peu recommandable. Je suis dans un quartier vivant et assez sûr, tout en échappant à la superficialité d’une trop forte concentration de gringos.
Il fait une chaleur à crever, le béton de la ville n’aide pas vraiment. Après un petit almuerzo vite avalé dans un minuscule resto populaire, je file profiter de la fin de l’après-midi pour découvrir le Parque Arvi. Je découvre le métro et suis très impressionné : très moderne, propre et sûr, complètement aérien. Et un téléphérique fait même partie du réseau ! Pour monter vers des quartiers à flanc de montagne et encore plus haut au Parque Arvi.

Ce téléphérique donne une vue grandiose sur la mégapole qui s’étale tel un tapis au fond de la vallée, et remonte largement sur les bords. Il survole les quartiers pauvres, qui paraissent mieux que des bidonvilles mais on est quand même mieux au-dessus dans le téléphérique. C’est un labyrinthe de rues ultra-pentues, de rues en lacets, d’escaliers, de petits squares qui égalisent les niveaux.




Le téléphérique arrive au sommet et survole un haut plateau tapissé d’une forêt immense. A peine débarqué je dois repartir, il va faire nuit. Au retour, à la jonction téléphérique-métro, je croise une file monstrueuse qui attend pour monter, la classe populaire qui rentre du boulot. Medellin est vraiment moderne, et contredit encore plus l’idée que l’on se fait de la Colombie avant d’y venir.

Je le dis sans complexe : je suis vraiment content d’être dans le métro ! Déjà ce midi, avec mes sacs à dos, pour rallier mon hostal (comme il y a trois ans à Buenos Aires). J’évite ainsi les bus qui ne pas toujours faciles à prendre, voire très compliqués avec le sac sur le dos, et j’évite les taxis, qui ne sont pas chers mais finissent par revenir chers à force de les prendre.
Et là à l’heure de pointe, ça me permet d’être noyé dans la masse des habitants de Medellin. Lors d’un changement de ligne le quai est bondé mais les gens restent très calmes et polis, personne ne pousse ni ne se rue dans la rame pour avoir une place assise.

Certaines grandes villes de pays dits plus développés et plus modernes auraient une leçon à prendre (dois-je préciser à quelle capitale je suis en train de penser plus précisément ?). Quand je pense que les colombiens ont du mal à voyager, à avoir les visas nécessaires, à cause de la mauvaise réputation de leur pays et du trafic de drogue. Puissent les fonctionnaires des services d’immigration des pays réticents, venir visiter la Colombie et se rendre compte que le colombien moyen est très pacifique et civilisé !

Le lendemain matin je pars visiter le centre. J’ai beau savoir qu’il n’est pas reluisant, et j’ai beau en avoir vu d’autres, je suis impressionné : c’est chaotique et sale, c’est un concentré de pauvreté, de gens abîmés. Un jeune camé dort à même le sol sur le trottoir bondé, sous le soleil. Je sors rarement mon appareil photo et le range rapidement à chaque fois, regardant tout autour de moi. Dans cet océan de crasse et de misère il y a tout de même quelques bâtiments remarquables et les sculptures du célèbre artiste Botero.
Je suis assez observé, je reçois quelques sollicitations mais sans insistance. C’est étrange, Medellin est à l’inverse du schéma classique des grandes villes, où le centre est souvent riche et beau, et relègue la pauvreté en périphérie. Mais Medellin n’est pas l’unique cas, elle est à l’identique de certaines villes sud-américaines comme Lima et Quito. Au milieu de cette misère, trône le célèbre hôtel Nutibara, ancien et prestigieux ; devant l’entrée siègent des dizaines de policiers, comme pour le protéger d’une invasion violente des miséreux.

Je poursuis jusqu’au Parque Bolivar, et je ne suis pas au bout du malaise : y traîne une quantité de vieux assis, de gens très pauvres et cassés par la misère profonde. Et une concentration très forte de travelos, apparemment prostitués. Le contraste est saisissant entre la beauté de cette place, avec sa cathédrale et ses arbres en fleurs, et les gens qui l’occupent en attendant que leur vie passe, mal. Je suis très regardé, je ne sors l’appareil photo qu’une seule fois, en restant à l’entrée de la place.




Medellin est mondialement célèbre pour son fameux cartel, le cartel de Medellin dirigé par le sanguinaire Pablo Escobar qui avait la main sur tout le trafic de cocaïne. Il tuait ou faisait tuer quiconque se mettait sur son chemin, a fait exploser des avions, et offrait une prime de 2000 dollars à ses hommes pour chaque policier tué. Il fut tué en 1993 et depuis la ville et toute la région environnante est revenue à une vie normale (il était auparavant impossible de se déplacer en dehors de la ville). Le tourisme s’est emparé de cette tragique histoire, et plusieurs agences proposent le Pablo Escobar Tour, excursion qui consiste à  faire le tour de ses anciennes propriétés, certaines énormes et extravagantes dont une ferme gigantesque avec une arène à taureaux, des girafes, divers animaux exotiques.
Les colombiens sont très réticents, craignant que l’on glorifie ce terroriste assoiffé de sang alors que c’est du passé et qu’une vie plus normale et prospère est en train de prendre le dessus sur les heures sombres.
Je me tâte un peu et renonce à faire le tour, c’est vrai qu’il y a quelque chose de malsain si l’on considère tous les colombiens morts à cause de Pablo Escobar.




A la place je m’offre une journée de visite dans un musée de la science, assourdi par des classes d’écoliers lâchés sans contrôle, et dans le beau parc botanique avec ses énormes iguanes.

J’ai même vu un minuscule et joli œuf de papillon !

Je passe décidément beaucoup de temps dans les jardins botaniques, pourtant j’ai rien fumé, promis !








3 commentaires:

  1. Le jour ou on entendra un français dire à un touriste "merci de venir en France", ce sera la révolution!! :-). À bientôt frangin!

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    1. Bien vu ! J'avais fait la comparaison sur le comportement dans le métro, mais c'est encore plus vrai là-dessus !
      Sans tourisme, on serait encore bcp bcp plus mal ...

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  2. Bravo pour toutes ces photos !!! Elles sont superbes .Ces couleurs entre la nature, les fleurs ,les animaux, et pour finir les rues.. les jeux de lumiére sont extraordinaires...
    Merci Nico pour ce voyage, si gentiment partagé!
    Catherine

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