14 nov. 2012

Buscando la punta...


(En quête de la pointe…)

Entre poursuivre la dolce vita, flânant dans les rues de Carthagène, ou échapper à cette chaleur étouffante, j’ai choisi : je reprends la route. Direction nord-est, direction la pointe nord de la Colombie et même de l’Amérique du Sud. Au terminal de bus, je me rends compte une fois de plus que je dois changer certaines habitudes de voyage acquises en plus de trois ans de vadrouille : ici quand quelqu’un m’aborde dans le terminal et me demande où je veux aller, je ne dois pas le rejeter par réflexe sécuritaire, mais au contraire lui répondre, systématiquement il va me diriger vers le bon guichet ou vers un bus sur le point de partir. C’est parti pour sept heures de trajet, vers la ville de Riohacha où je dois passer la nuit. En chemin, un peu avant le coucher de soleil, j’aperçois la Sierra Nevada, une massive chaîne de montagne en bord de mer, et à côté la ville de Santa Marta. Ville où je pourrais bien passer un certain temps, histoire à suivre dans le prochain message …


Après une panne vite réparée par le chauffeur, j’arrive enfin à Riohacha, ville peu avenante au premier abord, et au second abord non plus. Je passe la nuit dans un hostal qui ressemble vaguement à un château. Riohacha n’est qu’une étape, j’y passe une journée pour prendre des informations sur mon réel objectif : Cabo de la Vela et Punta Gallinas, la pointe nord du continent. Après Ushuaïa il y a trois ans, ce serait beau d’arriver à l’extrémité nord du continent.

Riohacha est très peu touristique, mais il y a quand même des plages, et une longue promenade bordée de palmiers, déserte en milieu de journée. Seules quelques femmes indigènes de la communauté Wayuu sont installées et essaient de vendre leurs innombrables sacs éclatants de couleurs. Cette communauté est présente dans toute la région, historiquement ils sont connus pour avoir résisté aux invasions de pirates anglais, hollandais et espagnols, grâce à leur organisation complexe et à leur potentiel belliqueux. On m’a dit qu’ils auraient toujours le sang chaud, et qu’on compterait encore quelques réglements de compte entre familles, malgré leur mode de vie traditionnel.




En fin d’après-midi la plage et la promenade s’animent, j’assiste entre autres au retour des bateaux de pêcheurs, et le marché de la pêche qui démarre aussitôt sur la plage. Doux souvenir de Puerto Lopez il y a 3 ans, en Equateur. De retour vers l’hostal pour une soirée tranquille, je m’arrête dans une petite boutique pour acheter quelques bières, et je m’attarde une heure pour discuter avec Ledwin, jeune et sympathique colombien venu ici pour affaires. Apparemment il est déjà un peu entamé et voudrait m’offrir de nombreuses bières pour que je le rattrape, mais j’ai mon sac à faire moi ! Renseignements pris pendant toute la journée, je vais éviter de payer l’excursion de 3 jours pour les touristes, et utiliser les moyens de transport locaux, ce que j’appelle la VRAIE façon de voyager.

Le lendemain je suis d’attaque assez tôt pour prendre un premier colectivo (taxi partagé) vers Uribia. Je commence tout confort, assis à l’avant d’une voiture tout confort, c’est rare ! Quelques chèvres sur le bord de la route, elle-même en bon état. Arrivée à Uribia, ville chaotique débordant d’activité : les boutiques débordent sur le trottoir, tout le monde vend de tout à tout le monde, avec bien sûr une circulation sauvage, les klaxons incessants… Il y a une petite saveur d’illégalité ici, on sent que tous les trafics ne sont pas licites. L’essentiel vient de Vénézuela, la frontière n’est pas loin. Les bus et camions venant de Maicao entassent tout ce qui est possible : frigos, appareils photos, humains … Pendant un très long moment j’assiste à ce spectacle incessant et chaotique, de temps en temps diverti par une vieille dame qui veut prendre le même colectivo vers Cabo de la Vela, et repousse un jeune venu me demander de l’argent : « Va travailler, petit con ! ». Le jeune passe son chemin, pas fier.

Il faut attendre au moins deux heures, assis sur des sacs de farine dans la rue, pour que le colectivo soit enfin plein et accepte de partir. Cette fois c’est une véritable bétaillère, et nous sommes entassés comme des poulets à l’arrière. Certains ne peuvent même pas s’asseoir normalement, en position précaire entre nos jambes et la tête coincée sous la bâche, ou debout sur le pare-chocs arrière. Trois heures comme ça, sur une piste passablement défoncée et détrempée par une violente pluie qui a joyeusement pénétré sous la bâche. A la limite du tenable, et pourtant ce n’était pas mon premier voyage de ce genre. Voilà ce qu’est le voyage en Amérique du Sud, on ne sait jamais à quoi s’attendre !




La piste est rectiligne et interminable, à travers une sorte de brousse faite de petits arbustes qui s’étendent à l’infini. On croise un bus en mauvaise position, quasiment sorti de piste dans un passage boueux. De temps en temps on passe devant un village ou un hameau au milieu de nulle part. Le paysage s’anime soudain d’un superbe contraste, la piste prend une teinte jaune vif, les arbustes sont d’un vert intense, et au fond le ciel orageux est de couleur bleu nuit bien qu’il soit midi. Splendide tableau et sensation grandissante de bout du monde.

Nous arrivons enfin à Cabo de la Vela, la bétaillère nous laisse devant l’un des nombreux hospedajes très rustiques qui bordent l’unique rue, à dix mètres du bord de l’eau. Sable, poussière, constructions en bois et bambou, hamacs alignés sous des abris simplistes face à la mer. Le soleil écrase tout, dans un silence presque parfait. La mer paraît être un lac, au bord les vaguelettes sont presque inexistantes.
Je partage une chambre (4 parois et un plafond de tôle trouée posés sur la terre) avec Aurore et Emmanuelle, deux jeunes françaises rencontrées dans l’enfer de la bétaillère), et nous partons rapidement vers Ojo del Agua, une belle plage au pied d’une mini-falaise. Après à peine quinze minutes de marche sur la piste, les hospedajes basiques laissent à la place à des bicoques miséreuses habitées par les Wayuu. Nous sommes en plein dans leur territoire.

Coup de chance nous sommes pris en stop par une petite famille colombienne, partir à pied à 16 heures, sous le cagnard et juste une heure et demie avant le coucher de soleil n’était peut-être pas la meilleure idée. Le temps d’un bain rapide dans la mer chaude et calme, dans un décor désert et unique, il faut monter rapidement à pied vers le Faro (le Phare), planté sur un promontoire rocheux, pour admirer le coucher de soleil.




Près de l’équateur il fait noir très vite après le coucher de soleil, à peine dix minutes de répit. Toutes les voitures garées là sont des taxis qui attendent leurs clients, des familles colombiennes. Pas moyen donc de se faire ramener au village, il faut marcher dans le noir sur une piste accidentée, avec une lampe frontale pour trois. Heureusement nous tombons sur un petit hameau, et un gentil monsieur doté d’un beau 4x4 nous ramène, enfin pas gratis.

Le lendemain nous nous groupons avec trois colombiens de Medellin, un père et son fils et un ami du père, pour payer un bateau qui nous emmène vers Pilón de Azucar, une autre grosse colline rocheuse en forme de pain de sucre qui surplombe la mer et offre une vue à couper le souffle sur la côte qui file vers le nord-est, sur Cabo de la Vela, le Faro, un lac salé, les vagues venant se fracasser sur les falaises, et l’immensité désertique tout autour.




Nous sympathisons de plus en plus avec ce trio masculin de Medellin (sauf peut-être avec le père que nous appelons "connard" entre nous, faute d'avoir envie de connaître son prénom). A la redescente du Pilón, pas le temps de profiter à nouveau de la plage, qui s’est soudainement vidée de tous ses touristes colombiens. Par chance un camion-bétaillère nous avance un bon bout de chemin et nous laisse à un petit kilomètre de Cabo, l’occasion de marcher lentement, les pieds dans l’eau turquoise, dans un environnement silencieux et un panorama grandiose magnifié par le ciel qui change de couleur au fil des orages qui éclatent au large. Moments magiques comme le voyage en offre régulièrement. J’en arrive même à trouver esthétique l’alignement de poteaux électriques qui défigurent Cabo sur plusieurs kilomètres.




Après-midi paresseuse sur la petite plage de Cabo, passée à se baigner sans fin, lire, ne rien faire, se baigner encore, regarder les gamins jouer au foot au bord de l’eau, se laisser tenter ou pas par l’artisanat des femmes Wayuu… Le jour tombe vite, il faut réclamer de l’eau pour se doucher au fils antipathique et paresseux de notre hospedaje, et choisir parmi l’un des restaurants locaux celui qui nous servira notre poisson grillé du soir, bercés par le bruit des vaguelettes qui glissent dans le noir à dix mètres de nous. Et coucher très tôt, au bruit des générateurs qui heureusement s’arrêtent très tôt (l’hideuse ligne électrique n’amène même pas l’électricité ; l’un des rares hospedajes confortables, avec air conditionné et tout et tout, m’a indiqué en être privé depuis un moment).

Le troisième jour je me lève tôt et me poste au carrefour stratégique pour trouver une voiture qui m’amènera à Puerto Bolivar, d’où je prendrai le bateau vers Punta Gallinas, le vrai bout du bout de la Colombie et de l’Amérique du Sud. Cabo de la Vela n’en est qu’un avant-goût.
Je trouve une voiture, m’assure qu’un bateau partira bien aujourd’hui, et le gentil Francisco, gérant d’une agence réputée qui me renseignait patiemment depuis trois jours au téléphone, me décourage d’y aller au dernier moment en me disant qu’une fois sur place j’aurais encore des frais considérables pour aller vers les sites touristiques. Donc j’annule, un peu dépité, et je m’offre une journée glandouille, toujours en compagnie d’Emmanuelle et Aurore. Tant pis pour la pointe nord de l’Amérique du Sud.

Le dieu du voyage m’aurait-il signifié que j’aurais dû y aller ? Toujours est-il que ce même jour je m’explose un ongle d’orteil en marchant à pieds nus sur la rue caillouteuse. Stupide et très douloureux. Et vraiment pas opportun dans un endroit pareil, où la chaleur, le sable, l’eau douce peu accessible rendent toute plaie très réceptive aux infections. Bref c’est fait, y a plus qu’à boiter.

Je trouve une voiture confortable le lendemain, trajet direct vers Riohacha sans bétaillère ni attente au milieu du trafic de Uribia. Une après-midi pour remettre les compteurs à zéro en terme d’hygiène, refaire un petit tour (en boitant) le long de la plage et observer le marché de la pêche, photographier des jeunes qui plongent depuis la jetée et leur promettre mes photos … et je clos officiellement cette dernière journée de ce petit voyage. Eh oui demain retour vers l’ouest, direction le village touristique de Taganga, pour d’autres "réjouissances" !






.

4 commentaires:

  1. Retour à Taganga? Ce n'est pas la ville des bons souvenirs!...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Suspense, suspense ! :)

      Supprimer
    2. Non je ne retourne pas à Taganga, c'est juste que le blog a beaucoup de retard ! Pas de suspense pour vous, vous savez la fin !

      Supprimer
  2. argh pas de spoiler!! je ne connais pas la suite, moi!! :)

    RépondreSupprimer

Une réaction spontanée, une idée réfléchie, un petit mot pour dire qu'on est passé par là ... tout commentaire est le bienvenu. Et on n'oublie pas de signer ;-)